Interview de Philippe Le Guay

Comment vous est venue l’idée du film ?

Philippe Le Guay : En fait, il y a eu une première version ou j’avais imaginé l’histoire d’un enfant de 14 ans qui s’arrange pour chasser sa bonne bretonne pour faire finalement embaucher une bonne espagnole. Mais l’histoire était difficile à mettre en place et évidemment lorsque l’on a un enfant de 14 ans, on a moins de force de frappe commerciale que lorsque l’on a un acteur comme Fabrice Luchini. Et puis peu à peu, j’ai changé mon fusil d’épaule et je me suis dit que l’histoire serait plus intéressante et plus universelle si c’était un homme déjà mûr, déjà marqué,  avec des enfants et qui vit un peu sa vie dans une sorte d’endormissement.  Il n’est pas militant de la condition bourgeoise, il est content de son métier  et ne se pose pas de question. Au fond il n’a pas vraiment choisi son travail, il n’a pas vraiment choisi sa femme, c’est plutôt elle qui l’a choisi. Il est devenu père de famille parce que ça se fait. Il y a tout un enchainement qui fait qu’il est à l’aise dans sa classe mais sans vraiment l’habiter.

Qu’est ce qui vous intéressait dans le thème des bonnes espagnoles?

P.L.G : Il y a d’abord un goût particulier pour l’Espagne et les Espagnols. J’ai découvert les Espagnols assez tard en dépit du fait que j’avais une bonne espagnole à la maison dans un temps très reculé puisque je devais avoir 2 ou 3 ans avant qu’elle parte en Espagne pour se marier. Cela passe aussi par le cinéma.  Par le cinéma d’Almodovar, par le cinéma espagnol d’aujourd’hui qu’on aime avec ces actrices extraordinaires. Toutes ces raisons font qu’il y avait cette page de l’histoire de France qu’on  connait assez peu.  Ou en tout cas qui est une page de la société qui est ce moment où il y a 150000 espagnoles qui sont venues en France. Ça s’est échelonné dans les années 50 jusqu'en 1965, et à partir de là elles ont commencé à rentrer chez elles et ce sont les portugaises qui sont venues. Même si cela se passe dans les années 60 il y a un jeu de miroir avec la société d’aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui l’immigration est devenu très dure. C’est devenu des millions de gens,  c’est devenu avec les contextes de crise des pays qui souffrent encore plus. Les différences entre pays riches et pauvres se sont agrandies. Il y a tout un contexte donc il est difficile de parler avec légèreté. Il se trouve qu’à travers l’histoire de ces femmes espagnoles à Paris, il y avait la matière d’un film moins dramatique, plus léger et qui par contrecoup peut dire les mêmes choses que s’il se passait aujourd’hui.

Quel a été le travail préparatoire pour ce film ?  Comment vous êtes vous documenté sur ces relations de l’époque entre patrons et employées espagnoles ? Avez-vous pu rencontrer ces femmes retournées en Espagne ?

P.L.G : Oui bien sûr, c’est toujours un des grands plaisirs  quand on fait un film de rencontrer, de se nourrir des expériences vécues. Vraiment les répliques, les personnages, les situations du film, avec par exemple quand cette espagnole raconte que son patron se ballade avec le peignoir entièrement ouvert et qu’elle voit tout, on peut très bien imaginer comment le bourgeois soit par désinvolture soit par provocation se baladait à poil devant cette espagnole très catholique et visiblement très bigote en s’en foutant complètement. Ou alors tout simplement parce qu’il n’avait même pas l’idée quelle était une femme qui pouvait le regarder, par ignorance. Tout ça, ce sont des anecdotes qui m’ont été racontées. On a aussi l’histoire de cette bonne qui a peur de prendre un bain dans la baignoire de son patron parce qu’elle pourrait tomber enceinte. Ça raconte en une phrase, en une réplique tout un monde qui apparait. Ça montre la peur de la sexualité, le puritanisme, le catholicisme, ça dit tout un monde. Et là, c’est en rencontrant des espagnoles, mais aussi des patronnes qui sont toujours là. Elles ont l’âge de ma mère. J’ai aussi posé des questions à ma mère ou aux amis de mes parents qui avaient des bonnes à l’époque.

Êtes-vous un réalisateur très directif et proche du scénario, ou vous laissez-vous une marge de manœuvre par rapport au script ?

P.L.G : Un peu des deux. En fait tous les jours quand j’arrive sur le tournage je me dis « comment est-ce que l’on peut améliorer la scène ? » Soit à la lumière de ce que l’on a déjà fait, soit à la lumière d’un acteur qu’on découvre dont on s’aperçoit qu’on pourrait utiliser tel ou tel aspect de sa personnalité. Ça ne cesse de s‘enrichir et en même temps il y a une histoire à raconter et on ne peut pas démolir le scénario au fur et à mesure du tournage, cela serait dommage. C’est scène par scène que l’on peut enrichir, essayer des choses et prendre du plaisir à ce que l’on fait.

Comment avez-vous reçu la nouvelle de votre sélection à la Berlinale?

P.L.G : Être sélectionné a Berlin, c’est sûr que c’est à la fois un honneur, un plaisir, un suspense, un enthousiasme. En plus j’adore me balader dans des villes étrangères donc je peux aller au musée, me plonger dans un autre monde un peu comme le personnage de Fabrice Luchini mais déplacé, qui viendrait se plonger dans une autre réalité.

Marc Girard

Liv Ullmann à la Berlinale

Présentation du film Trolosa par Liv Ullmann à la Berlinale :

Maud Berbille

Viva Pina!

Nathalie Sarraute considérait que certaines émotions relevaient de l’indicible et reconnaissait par là même la limite des mots à exprimer les émotions avec justesse. Pina Bausch a fait le même constat mais a pris l’initiative de palier l’impuissance de la parole par la voie de la danse et de l’expression corporelle.

Le corps gracile et sculpté, le regard pénétrant : Pina Bausch, chorégraphe ovni dont la danse est marquée par la répétition du geste, a consacré sa vie entière à la danse contemporaine et à sa compagnie.

« Pina », documentaire en 3D réalisé par Wim Wenders, est fidèle à la chorégraphe et à son travail : le film fait la part belle à la danse.  Les créations sont ponctuellement interrompues par les danseurs de la compagnie qui, face caméra, livrent en voix off chacun à leur tour un souvenir, une anecdote sur la chorégraphe. Ce parti pris de Wim Wenders donne une certaine intensité à ces témoignages. Tous semblaient très proches d’elle et apparaissent tels des orphelins depuis sa disparition. L’une des danseuses remarque d’ailleurs qu’elle a passé plus de temps avec Pina qu’avec ses propres parents.

Pina aimait ses danseurs et ils le lui rendaient bien. Elle les apprivoisait, connaissait leurs faiblesses et leurs qualités et parvenait à les pousser dans leur retranchement. Ils se dépassaient et se livraient corps et âme pour et grâce à elle.

Des extraits de ballets et de créations s’enchainent. Les danseurs se produisent dans des décors très divers : sur le bas côté d’une route, sur la cîme d’une montagne, sur scène, dans un wagon de métro. Certains thèmes sont récurrents tels que l’amour, le rapport à l’autre, le formatage social. La féminité est également mise en avant : les femmes portent constamment de longues et belles robes hautes en couleur qui mettent en valeur leurs mouvements.

Consécration posthume : les créations de Pina Bausch viennent d’intégrer le répertoire du ballet de l’opéra de Paris.

Les créations de Pina et la caméra de Wim Wenders irradient l’écran. Tantôt classieuses, tantôt primitives ou expérimentales, les chorégraphies ne laissent pas insensibles. Ce documentaire rend justice à Pina Bausch et permet aux spectateurs curieux, amoureux de la danse ou non, de découvrir l’œuvre de Pina Bausch et de se faire leur propre opinion. Wim Wenders signe là un bel hommage qui mérite le détour.

Sonia Belaiboud.

Le Palmarès des étudiants

Le palmarès de la compétition officielle ayant été dévoilé samedi dernier, c’est au tour du D2A de livrer son propre classement des films présentés à la Berlinale.  Alors que Nader and Simin, a separation, 5ème film du réalisateur iranien Asghar Farhadi, a remporté l’ours d’or, quels sont les films qui ont séduit les étudiants ?

Avant de révéler le hit-parade, quelques précisions quant aux règles du jeu. Au-delà de la sélection officielle, la Berlinale propose également des sections parallèles, Panorama et Forum, ainsi qu’une rétrospective consacrée cette année à Ingmar Bergman : à travers ces différents circuits, c’est au total 120 films qui ont été programmés pour cette édition 2011. Le palmarès établi par le D2A ne s’arrête pas à la seule sélection officielle, mais prend en compte ces diverses collections ; des films hors compétition ont donc pu être retenus dans notre classement. Par ailleurs, les étudiants n’ayant pas assisté aux derniers jours du festival, leur choix se retrouve limité aux films présentés lors de la 1ère semaine de la Berlinale.

Assez de suspense, place au palmarès.

La première place est attribuée à True Grit, 15ème opus des frères Coen, présenté en ouverture de cette 61ème édition de la Berlinale mais hors compétition car le film est déjà sorti aux Etats-Unis le 22 décembre 2010.

Ce western moderne, très américain, est talonné de près par le film d’animation du français Michel Ocelot, Les contes de la nuit qui remporte la 2ème place. Réalisateur de Kirikou, Princes et princesses ou Azur et Asmar, Michel Ocelot signe son premier film en 3D, et conserve son univers particulier, gracieux et poétique. Le film sortira en France en juillet.

Pina, documentaire de Wim Wenders consacré à la chorégraphe allemande Pina Bausch, également en 3D, occupe la 3ème place. Le cinéaste souhaitait depuis longtemps montrer le travail de Pina Bausch, mais raconte qu’il a attendu l’arrivée de la 3D pour souligner l’espace et le mouvement propres à la danse. Le film a débuté avec la chorégraphe, disparue au cours du projet qui s’est poursuivi avec ses danseurs.

Si les trois premiers films du classement relèvent de la sélection officielle, les deux autres œuvres qui ont marqué le D2A appartiennent à la section Panorama. Black power mixtape, documentaire du suédois Göran Olsson retraçant l’émancipation des Noirs Américains à travers la musique durant les années 1967 à 1975, a largement conquis les étudiants et se retrouve à la 4ème place.

Autre révélation : Tropa de elite 2, film brésilien du réalisateur José Padilha, dont le premier Tropa de elite avait remporté l’ours d’or en 2008, a suscité un bel engouement et occupe la 5ème place. Sorti au Brésil en octobre 2010, ce film-choc qui dénonce la corruption de la police au sein des trafics de drogue à Rio de Janeiro a attiré plus de 5 millions de spectateurs en quelques semaines, et est devenu un véritable phénomène au Brésil.  A quand sa sortie en France ?

Outre ces 5 films, aux sujets et aux conditions de productions très divers, plusieurs d’entre nous ont retenu les films écrits et/ou réalisés par Bergman, présentés dans le cadre d’une rétrospective. Diversité et curiosité, une pointe de nostalgie : tel fut notre cocktail Berlinale 2011.

Marie de Larrard.

Les Femmes du 6e Etage

Dans le Paris des années 60, Jean Louis Joubert (Fabrice Luchini) est un agent de change des plus honnêtes, qui déteste la spéculation. Un peu mal à l'aise dans cet habit que l'on se transmet de père en fils, il fait figure de bon bourgeois, qui n'a jamais mis le pied en dehors de son immeuble, puisque personne, justement, ne l'y a jamais forcé. Jusqu'au jour où l'ancienne bonne de la maison est remplacée par une nouvelle, jeune et espagnole. Grâce à Maria (Natalia Verbeke), Monsieur Joubert va découvrir « ces femmes qui vivent au-dessus de nos têtes » et dont « on ne sait rien ».

Logées sous les toits, dans des réduits de quelques mètres, l'Espagne qui a fui Franco et prie la Vierge se reforme à quelques étages d'une bourgeoisie qui étouffe dans sa morale et son « bon goût ».

A leur contact, Joubert va assouvir sa quête de liberté en se libérant petit à petit de sa condition sociale. Quel plaisir de voir Luchini déclarer en toute simplicité « c’est la première fois que j’ai une chambre à moi. Si vous saviez comme je me sens libre », alors qu’il vient simplement de s’installer dans une chambre du 6ème étage…

Simplicité et sobriété pourraient donc être les maîtres mots de cette nouvelle comédie de Philippe Le Guay.

Certes ce dernier enchaîne les clichés, mais le fait intelligemment. Et si le film souffre d’un manque d’ambiguïté évident, le parcours de cet homme qui découvre que la place qu’il occupe par défaut n’est pas la sienne, qui se découvre capable de tout plaquer pour un nouvel idéal de vie, séduit immanquablement. Là encore, la figure du bourgeois s’éprenant de sa servante n’a rien d’original, mais elle fonctionne d’autant plus qu’elle est illustrée par un acteur en pleine forme ne cédant pas à ses manières parfois insupportables. Philippe le Guay dirige un Fabrice Luchini tout en retenue, simple en apparence puis révélant une belle complexité au fur et à mesure de son avancée.

Aux côtés de Luchini, le casting est tout aussi juste à l’image de Sandrine Kimberlain, parfaite dans le rôle de la provinciale souhaitant exister dans cette bourgeoisie parisienne, et de Carmen Maura, étonnante de profondeur et de sincérité. Mais que dire de Natalia Verbeke ? En la voyant évoluer avec grâce devant la caméra de Le Guay, on comprend mieux pourquoi le personnage de Luchini tombe sous son charme et par la même occasion de la culture espagnole.

La justesse du propos et la manière dont il est abordé donnent à ce film une étonnante singularité, et l’on comprend mieux pourquoi ce film a été mis à l’honneur à Berlin pour représenter la France en hors compétition. Cette comédie sans prétention, qui reprend les mécanismes du genre tout en les aiguisant d'un aspect social, est une friandise qui vaut le détour, pour quelques heures de détente. Elle fait souffler une fraîcheur salvatrice sur un cinéma français qui semblait prisonnier des éternelles redites des films de Dany Boon ou de ceux d’Eric et Ramzy.

Si les sirènes de l’Espagne ont pu charmer Fabrice Luchini, sans nul doute elles vous envouteront aussi.

Marc et Ambroise

Berlin c’est aussi…

-Boire une bière avec Paul Laverty scénariste de Ken Loach a la soirée organisée pour les films argentins Un Mundo Misterioso et Medianera.

-Se faire maquiller par l'équipe L' Oréal et prendre des photos sur le tapis rouge, celui du box à maquillage !

-Oublier et retrouver son sac à dos avec caméra, appareil photo et portefeuille intacts au terminal des bus !

-Visiter l'ambassade de France pour obtenir un papier remplaçant la pièce d'identité… perdue !

-Se faire lire les lignes de la main par un vieux monsieur aux cheveux blanc, autour d'un falafel et d'une bière turque.

-Se faire piquer son manteau dans un bar et rentrer au petit matin en simple pull.

-Oublier son portable dans le taxi qui fait gentiment demi-tour pour le rendre.

-Développer son sens de l'organisation pour gérer deux jeux de clés pour 6 personnes.

-Rester calme quand votre colocatrice disparait pendant 2 jours, puis sonne à votre porte… le matin du départ !

-Enchaîner soirées et récupération des billets sans dormir.

-Renverser son jus d'orange sur la vitrine du Starbucks… en pensant que personne ne le verra.

-Dévaliser le cinéma en papier toilettes pour se moucher.

-Voir un film polonais, version russe, voice over allemande, sous titré anglais  !( si, si véridique)

-Croiser toujours le même étudiant D2A, sans portable, dans des endroits improbables, totalement par hasard.

-Réussir à entrer au salon fruits et légumes avec les accréditations de la Berlinale !

-Subir une panne de douche pendant 36h ... et le caractère des filles de l’appartement concerné. Ces mêmes demoiselles ayant du dormir à tour de rôle sur un sommier!

-Écouter un travesti chanter sur un air d’accordéon à la soirée de l’Ambassade.

-Prendre le taxi pour traverser la rue… 2 fois dans la même semaine !

M. Gansemer et D. Taes

Medianeras de Gustavo Tarreto (Panorama): le Klapisch argentin.

Les « Medianeras » sont les parties de bâtiments qui ne servent à rien. L'avant et l'arrière d'un bâtiment disposent souvent de motifs de décoration, de balcons, et d’entrées, mais les parois latérales ne sont que des espaces morts, et ne constituent que des immenses surfaces normalement utilisés comme espaces publicitaires. Ils indiquent un supermarché à proximité ou les produits branchés de la dernière mode.

Le réalisateur argentin Gustavo Tarreto a choisi de baptiser ainsi son premier long métrage, conçu dans le prolongement de son court métrage homonyme réalisé en 2005. D’après le cinéaste, ce travail vient prolonger l’esquisse initiale pour lui permettre de révéler plus de détails et de sentiments, en explorant plus en profondeur la nature humaine des protagonistes.

Le film est une comédie romantique d’une remarquable fraicheur, qui prend un tour original en s’intéressant à la relation d'un couple avant même que celle-ci ait eu lieu. Mariana et Martin sont voisins dans la ville de Buenos Aires, ils vivent côte à côte juste séparés par une paroi latérale, ils font leurs achats dans les mêmes magasins et vont même nager dans les lignes d’eau de la même piscine, mais ils ne se sont jamais rencontrés, et ne se connaissent pas. Pourtant, ils sont parfaits l’un pour l'autre, ils se cherchent désespérément, mais ils ne savent pas encore.

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Le saviez vous ?

-Berlin compte 3,4 millions d’habitants
-Berlin et sa banlieue dépassent les 6 millions d’habitants ce qui en fait l’une des 6 plus grandes villes européennes.
-On compte à Berlin plus de 160 musées, 146 bibliothèques, et 40 théâtres.
-Berlin est redevenue la capitale de l’Allemagne le 3 Octobre 1990.
-La superficie de Berlin est de 891,82 Km carré
-Le maire de Berlin est Klaus Wowereit
Petite anecdote :
- En ex-Allemagne de l’Est, les Ampelmännchen, les bonshommes vert et rouge signalant aux piétons la possibilité de passer datent du régime communiste de la République Démocratique d’Allemagne (RDA). On les reconnaît car ils représentent un bonhomme portant un chapeau sur la tête, soit en train de marcher (vert) soit en train de tendre les bras (rouge) . En allemand, Ampelmännchen se traduisent littéralement “petits bonshommes du feu (de signalisation)” : Ils sont créés en 1961 par le psychologue Karl Peglau qui voulait qu’ils soientplus voyants et compréhensibles par la population, il pensait ici aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes atteintes de handicaps mentaux.
Après la réunification de la RFA et de la RDA en 1990, une harmonisation des feux a eu lieu dans tout le pays, avec comme choix de faire prédominer les feux de l’Allemagne de l’ouest. Des contestations sont venues d’allemands de l’est qui demandèrent à préserver leur feux de signalisation. Ils ont obtenu gain de cause et aujourd’hui nous pouvons apercevoir de nombreux ampelmännchen également à Berlin ouest.
J.RICCI

Our Grand Despair (Bizim Büyük Çaresizliğimiz)

Un film de Seyfi Teoman, produit par Nadir Operli (Bulut Film)

Avec: Ilker Aksum, Fatih Al, Gunes Sayin

Turquie /Allemagne /Pays-Bas

1h42min - 2011

Après le film Bal de Semih Kaplanoglu qui a remporté l’Ours d’Or en 2010, cette année c’est Our Grand Despair de Seyfi Teoman qui a été sélectionné en Compétition Officielle à Berlinale.
Adapté du roman éponyme de Baris Bicakci, Our Grand Despair retrace subtilement le parcours émotionnel de deux meilleurs amis, Ender et Cetin qui tombent amoureux de la même femme, Nihal.

Détruite par la disparition prématurée de ses parents, Nihal est hébergée chez Ender et Cetin, à Ankara. Petit à petit, une complicité et un lien émotionnel inavouables naissent entre les trois colocataires. « Le grand désespoir » que Seyfi Teoman met en scène est provoqué tant par le deuil que par le sentiment amoureux et la solitude. Entre douleur, tendresse, amitié et amour, Our Grand Despair est avant tout un regard sur la vie tout court ; une vie qu’on doit, même dans ses moments les plus banals et les plus durs, accepter telle quelle et savourer.

Le Gala du film a eu lieu le 16 février 2011 à Berlin :

Les ventes internationales de Our Grand Despair sont assurées par The Match Factory.
La sortie nationale du film est prévue pour le 15 avril 2011.

Emel Sonmez

« The cave of forgotten dreams »

Avec « The cave of forgotten dreams », réalisé par Werner Herzog, le spectateur se prépare à faire un voyage de 90 minutes au temps de l’ère paléolithique. Le dépaysement s’annonce total, le spectacle enthousiasmant. Pourtant, à la fin de la projection la déception est palpable, les applaudissements sont timides et pour cause, le documentaire accumule les défauts.

Au départ, je trouvais le projet franchement alléchant! En effet, une caméra 3D a réussi l'exploit de pénétrer dans la grotte de Chauvet-pont-d’arc d’ordinaire fermée au public. Située dans le sud de la France, en plein cœur de la vallée de l’Ardèche, la grotte a été découverte le 18 décembre 1994 par Jean-Marie Chauvet et ses comparses. Dix-sept ans plus tard, la cavité s’est forgée une solide réputation grâce au nombre impressionnant d’œuvres picturales et d’ossements d’animaux qu’elle offre à la vue du visiteur. Avec Lascaux, elle constitue l’un des plus beau vestige de l’ère du paléolithique. Cependant, afin de préserver ce trésor la grotte n’est rendue accessible que cinq fois par an et ce uniquement pour les scientifiques.

Partant de ce constat, le film documentaire a l’ambition de nous faire pénétrer dans ce lieu hors du commun et nous offrir un voyage inédit. Pour ce faire, le réalisateur s’est entouré d’une équipe de scientifiques. Celle-ci s’avèrera précieuse pour permettre au spectateur de mieux saisir les richesses offertes par la grotte. Tous disposent d’une heure pour explorer l’ensemble de la cavité. On embarque donc avec cette joyeuse équipe pour une épopée souterraine que l'on espère riche d'apprentissage. Cependant, passée une introduction longuette, on ressent rapidement une sorte de malaise visuel. Si la 3D sublime certains recoins de la grotte, d’autres plans sont tout bonnement nocifs pour le bien être du spectateur. La caméra bouge, virevolte si bien qu’on trouve cette visite rapidement inconfortable.

Autre défaut criant, l’absence de structure narrative. Le réalisateur entre dans la grotte, commence à accumuler la présentation de peintures avant d’alterner avec des leçons de chasse, de musique et l’étude de nombreux ossements. On ne ressent nullement la présence d'une quelconque progression dans le récit. L’ensemble est sans relief, un comble, et ce au risque d’affaiblir les quelques moments forts. Pis, on a parfois l’impression que le réalisateur s’est vraisemblablement perdu dans la grotte. Soulignons également une musique redondante et pauvre qui n’arrange rien. Le tout paraît bien mou.

En marge, si certains commentaires s’avèrent pertinents d’autres semblent complètement inutiles à l’instar de l’intervention de ce nez professionnel qui finalement « ne sent rien » dans la grotte. Parfois on frise le ridicule comme lorsqu’un scientifique tente de nous présenter les outils de chasse « redoutables » et qui ne parvient à les manier. Enfin, la durée du documentaire peut être très largement remise en cause. Le film s’étire en longueur si bien qu’on revoit plusieurs ornements picturaux  deux ou trois fois.

Au final, on ressort frustré. Le potentiel était bien là. Certains plans sont sublimes et la majorité des explications des scientifiques constituent un apport non négligeable pour le spectateur. Pourtant, l’accumulation d’erreurs de réalisation et de narration finit par gâcher un plaisir bien éphémère.

G. Ganiou